sortir des tabous et clichés sur la dépression avec ces témoignages



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témoignages dépression



Je m’appelle Yasine, j’ai 26 ans. Dans la vie, ce que je fais, c’est que je crée des podcasts. Mon rapport à la dépression, il a commencé brutalement. C’est arrivé vraiment d’un coup. J’en ai plus peur, mais je le crains un peu quand même, dans ma tête.

Je m’appelle Lucille, j’ai 28 ans, et je suis pâtissière. Mon rapport à la dépression, c’est… Il y a un rapport familial, parce que j’ai vu des gens de ma famille souffrir de dépression, et puis après, par la suite, j’ai souffert de deux épisodes dépressifs.

Je m’appelle Ghislane, je suis entrepreneure et artiste. Pour moi, la dépression, ça a été un épisode qui m’a beaucoup appris et que j’utilise encore, aujourd’hui, par toutes les leçons que j’ai pu apprendre.

Je m’appelle Jamie, j’habite en ce moment à Marseille, je suis au chômage depuis maintenant…un bon moment, suite à une dépression que j’ai faite. Après avoir bien touché le fond, j’ai envie de croire qu’on peut que se relever.

Je m’appelle Arnaud, j’ai 31 ans, je suis journaliste spécialisé en comics et pop culture, et je souffre de dépression depuis six ans maintenant

ETIQUETTE 1 « La dépression, ce n’est pas une maladie. »

  • Peut-être parce qu’il y a une mécompréhension entre le terme « dépression » et le fait d’être juste déprimé, d’avoir un coup de mou, comme tout le monde peut avoir des coups de mou, t’as du mal à forcément considérer que c’est vraiment une maladie, et que c’est pas juste un état d’âme, ou juste un…Ouais, un… Un sentiment qui serait passager, alors qu’à mon sens, la dépression, c’est une maladie du cerveau.Tout simplement. C’est-à-dire que quand tu te casses la figure, t’as un bleu. Grosso modo, c’est un gros bleu au cerveau, sauf que c’est multifactoriel, et que le cerveau, c’est un organe qui est tellement complexe et qui fait qu’on est tellement tous différents que t’as pas un symptôme, t’as pas une dépression..
  • Oui. -T’as plein de formes. Tu peux pas… C’est difficile, du coup, de diagnostiquer quelque chose qui ressemblera jamais à la même chose chez une personne et chez l’autre.
  • -C’est ça. La dépression, c’est plus difficile à caractériser, on va dire, que…Qu’une gastro ou qu’une grippe. Enfin, c’est pas… T’as moins la liste de symptômes… Doctissimo, que tu coches, et si t’en as 3 sur les 5, c’est bon, tu sais que c’est ça.
  • -Je pense qu’il y a aussi le côté « invisible », le fait qu’on le voie pas… Tu tousses pas, t’as pas de fièvre…
  • -C’est pas physique. On peut pas te mettre mettre une piqûre, hop, c’est bon, c’est réglé.

ETIQUETTE 2 : « La dépression c’est quand tu pleures tout le temps »

  • -Il est dépressif…-T’es pas en train de te balader dans la rue en pleurant. « Regardez, c’est bon, lui, il est dépressif, c’est sûr. »
  • -Après, il y a aussi, je pense, une…On sous-estime la douleur psychique. Comme si la seule qui était légitime, c’était la physique. Après, moi, j’ai hésité, parce que… J’ai l’impression que quand on dit : « La dépression est une maladie »,ça rend le truc un peu comme si c’était une fatalité, ça me met mal à l’aise, et c’est peut-être aussiparce qu’on l’a pas validé comme si c’était une maladie.
  • -Et il y a un truc, aussi, c’est que quand on est face au terme de « maladie »,on associe aussi facilement le fait qu’en face, t’auras un traitement, t’as des médicaments… -Alors que c’est pas forcément le cas. -Sauf que c’est pas aussi facile que ça.
  • -Moi, je pensais plus à la récurrence, parce qu’en fait, en tout cas pour moi,la dépression, c’est quelque chose de chronique, en fait. Ça vient par périodes.Il y a des moments où je vais me sentir mieux, et du coup, je serai pas dans une phase dépressive, et d’autres où…ça va pas être le cas, et du coup, je serai au fond du trou, mais…
    Mais je fais le parallèle avec quelque chose comme…Je sais pas… La grippe, par exemple. Il y a des périodes où t’as la grippe, il fait froid. Et d’autres où…non, ça va très bien.
    Du coup, cette chronicité,pour moi, c’est ça qui fait que c’est une maladie. Quand mon médecin m’a dit que c’était probablement une dépression, j’en ai parlé à mon employeur, qui m’a dit : « Ah, OK« , mais comme si c’était… -Un rhume.
    -Il m’a dit : « Ah, OK », et puis, bon, les choses ont continué.
  • -Je trouve que c’est bizarre, un peu, parce qu’il y a, d’un côté, le : « Ah, OK »,genre « banalisé », et d’un autre côté, on va imaginer le dépressif ou la dépressive avec les plus gros clichés. Quand on rentre chez nous, on est sous notre couette,on a un tas de mouchoirs usagés à côté, et on pleure tout le temps.
  • -C’est ça. C’est un peu ambivalent.
  • -Je pense qu’encore une fois, c’est parce que les gens savent pas du tout,et du coup, ils osent pas poser les questions, ils savent pas comment ça se manifeste, ils savent pas comment, forcément, y réagir.-

ETIQUETTE 3 : « Quand on est en dépression, on le cache à son entourage. »

  • -Moi, je sais que j’ai été assez vite sensibilisée à la dépression. Avant d’en être malade, j’ai vu des gens, dans ma famille très proche, malades de dépression, et du coup, en fait, très rapidement, ça a été…
    C’est pas que ça a été normalisé, mais…j’ai été sensibilisée à ça. Il y a jamais eu de tabou ou de honte.
    Le premier épisode dépressif que j’ai traversé,j’ai essayé de le cacher pendant très longtemps. J’ai essayé de garder le masque très longtemps, « si, si, ça va le faire, ça va le faire« ,et puis, en fait, ça l’a pas fait du tout.
    Je me souviens, j’ai eu ma mère au téléphone à ce moment-là, qui m’a dit : « Il y a une situation qu’il va falloir traiter.Ça sert plus à rien de faire l’autruche, ça sert à rien de tout planquer sous le tapis, il faut le traiter. »
    Du coup, je sais qu’en fait, à partir de là,et par la suite, quand j’ai eu mon deuxième épisode dépressif, j’ai toujours été…très entourée par ma famille, par mes parents, et ça a jamais été honteux.
  • -J’ai pu le cacher à mon entourage jusqu’au moment où c’était plus possible de le faire.
    Il y a deux choses. C’est d’une part, où tu reconnais l’état,et t’as pas envie d’en parler non plus. T’es aussi vu en état de faiblesse, quelque part, parce que t’es malade.
    En fait, il y a un moment où il faut que tu reconnaisses toi-même ton propre état, et ça, ça peut aussi prendre un certain temps à te dire : « Ouais, bon…Je suis gothique depuis que je suis adolescent, donc peut-être que je suis juste en train de cultiver un état d’esprit. »
    À partir d’un moment, tu te dis : « Non, il y a peut-être un réel problème. »
    Moi, je sais que j’ai fini par en parler à ma famille, notamment lorsque ça s’est vraiment déclaré et où c’était vraiment le moment le plus « down »
    Vu que c’est un truc qui dure longtemps, il y a un moment, aussi,où tu en as marre d’aller en parler aux autres, de leur imposer un peu cette négativité, quelque part,et tu as pas forcément envie de dire, pendant, je sais pas, 4 ans, 5 ans en continu : »Ouais, ça va pas, ouais, ça va pas... »
  • -Après… Moi, je pense que mes parents ont toujours pas compris .Je pense que mes parents ont toujours pas compris.
    C’est culturel, parce que…Dans leur esprit, c’est même peut-être pas quelque chose de… Ils le conceptualisent peut-être même pas, en fait. Ils s’en rendent même pas compte.
    Donc, pour eux, c’est une mauvaise passe, voilà, comme ça arrive à tout le monde dans la vie,et ça va finir par passer, donc…
    Je veux pas non plus apparaître, auprès de mes proches, et vraiment, je parle de ma famille, le cercle restreint…
    Je veux pas apparaître à leurs yeux en position de faiblesse non plus, tu vois. Parce que du coup, il faudrait aussi les éduquer sur la question,et c’est un boulot que j’ai pas envie de faire.
  • -Je sais que dans certains milieux, les familles racisées, en fait, on comprend pas forcément. Ou alors, ça va être expliqué par autre chose, par…
    Enfin, mon père a un peu essayé de m’exorciser, alors que bon…c’est pas trop ça, le problème.
    En fait, la dépression n’a pas le mot « dépression ». Ça va être tel sort, tel truc…
    On va pas essayer de le guérir de manière scientifique, mais de manière magique…
    « Magique »…Spirituelle.
    Il y a un truc très intéressant sur ça, c’est qu’en France, dans les années 1980-1990, il y a eu un domaine qui s’appelle l’ethnopsychologie qui a été mis en place.
    En fait, c’est des longues consultations de trois-quatre heures où on va voir des personnes qui ont une autre culture, et on va essayer de leur expliquer, dans leurs mots, enfin dans leurs concepts,parce qu’il y a pas le concept de dépression, qu’il faut agir comme ça avec ça, que ça, c’est une dépression. On va pas leur dire le mot « dépression », on va dire un mot qui leur parle.
    C’est comme lier les deux,la culture occidentale et les autres cultures, et faire comprendre qu’en fait, les dépressions, il y en a partout, mais ça s’appelle pas une dépression.
  • -Oui, c’est vachement intéressant. Moi, je me suis caché ma dépression à moi-même, déjà…
  • -Comme beaucoup.
  • -C’est arrivé assez jeune, et c’était des épisodes assez courts mais assez chroniques.
    Du coup, moi-même, je savais pas ce qui m’arrivait, parce que je pense que c’est aussi le cadre culturel.
    Et puis, ensuite, je voulais pas infliger ça à mes proches, parce que j’avais aussi, un peu, cet état d’esprit où je voulais donner que des « positive vibes ». Soit je suis une plus-value, soit j’existe pas.
    Ça, d’ailleurs, aujourd’hui, je me rends compte que c’est hyper… C’est hyper dur.
    Je me disais : « Il faut que je donne le meilleur de moi-même« .
    Et puis, après, je réfléchis aussi au parcours de mes parents, le fait de… Donc, ils ont immigré en France. Leur expérience a plus ou moins été assez violente, par rapport à ce que ça peut être d’être immigré en France, dans les années 1970-1980.
    En fait, du coup, ils sont passés par tellement de choses que moi, j’avais beaucoup de pudeur. J’osais pas dire que moi, ça allait pas, alors que ma situation était bien meilleure que la leur, il y a une trentaine d’années.
  • -T’as pas forcément besoin de dissocier les deux. Les deux choses sont graves,à leur échelle chacune.
  • -Ouais. Aujourd’hui, j’ai complètement fait la paix avec, mais je le constate, parce que j’ai eu une expérience où ma mère a vu que j’étais pas… Que j’allais pas bien, et elle m’a dit : « Je comprends pas.« 
  • -Il m’est arrivé la même chose.
  • -« Tout va bien dans ta vie, tu fais des bonnes études, t’es en bonne santé…Je comprends pas pourquoi tu vas pas bien. »
    Et là, c’est hyper violent, parce qu’après, nous-mêmes, on se dit : « Ouais, c’est vrai. » -« Pourquoi est-ce que je vais pas bien ? » -« Mais pourquoi je vais pas bien ?« 
    Et après, on va encore moins bien !

ETIQUETTE 4 : « La dépression, ça se lit sur la tête. »

  • On est tous d’accord.
  • -Ouais, une vraie team.
  • -C’est ça. On est soudés.
  • -Quand j’étais en hôpital psy ou en CMP, entouré de personnes malades,ou dans un cadre personnel, professionnel, et que je voyais des gens qui allaient pas bien, c’est quelque chose que je sentais un peu et qui s’avérait vrai.Il y avait comme cet instinct de : « Ça se lit pas sur la tête, mais tu sens qu’il y a un truc peut-être de différent. »
  • -Alors, je suis d’accord. Je suis d’accord, il y a des symptômes,mais je pense aussi qu’à partir du moment où tu es ou tu as été directement concerné,que ce soit en tant que malade ou en tant que… Proche. Spectateur ou spectatrice d’une personne qui est dépressive,tu vois les signaux.
  • -Ou, tu peux voir les signaux, tu peux repérer les petits trucs où tu te dis : « Là, il y a peut-être un souci. »
    Mais t’as pas le mascara ou l’eyeliner qui a coulé jusque là, t’as pas le mouchoir là… Ça se lit pas forcément.
    Il y a des fois, tu peux être en kiff total, et puis, quand même, tu es dépressif.
  • C’est pas forcément physique, parce que moi, par exemple,je suis quelqu’un qui fait très bien semblant que ça va très bien, tu vois ?
    Donc, les gens, ils me voient, et ils peuvent pas se dire qu’il se passe des trucs hyper sombres, dans ma tête.
  • -Oui, ça se voit pas vraiment.
  • -Mais ça peut se sentir, du coup ? Pour toi, tu penses ?
  • -Me concernant, je sais pas, parce que j’ai pas rencontré…Vous êtes les premiers autres dépressifs…!
    Du coup, je sais pas, mais en tout cas, physiquement,je pense pas que ça se lise sur le visage.
  • -Ça reste une maladie, donc t’as quand même des symptômes.
    Effectivement, si tu vois que depuis quelques semaines, ton pote, ton collègue, ton ami, il sourit plus, il a les yeux très rouges, et il sort plus…Enfin, qu’il y a un changement d’attitude, tu peux avoir des indices, quand même.
  • -Oui, oui. -Quand tu sais les reconnaître, aussi.
  • -C’est ça. Quand tu sais les reconnaître, en fait, parce qu’il y a, justement, cette nuance entre…la dépression et le coup de déprime, où…
  • -Oui. Et du coup, c’est pour ça que pour moi,la dépression, elle se lit pas forcément…
    C’est ce que tu disais sur savoir bien faire semblant.
    Moi, je sais que je suis très forte à ça aussi. T’as le masque que tu te mets pour aller au travail,pour aller dans la vie de tous les jours, pour voir des gens, et tout, et puis, il y a quand tu enlèves le masque.
  • -Je suis quelqu’un d’hyper souriant, je souris presque comme on cligne des yeux, et du coup, j’ai toujours la banane tout le temps, et les gens sont à des années-lumière de s’imaginer que… Tu vois ? Que ça peut aller très loin, et que c’est très sombre, des fois.
  • -C’est pas quelque chose que tu peux rationaliser, aussi. Se dire : « Mais attendez, elle a un job, elle a un mec, machin,donc elle peut pas être malheureuse, elle peut pas être dépressive. » Et en fait, si.
  • -Pour moi, la dépression, ça se lit pas sur le visage, parce que, comme tu dis, Jamy, il y a vraiment… Il y a des moments où tu vas faire semblant, mais il y a aussi des moments où tu souris, en fait, tout simplement.
    Il y a des moments où toi-même, tu oublies que tu es dans une période qui est compliquée, et que, quand tu rentres chez toi,tu te sens pas bien. Et je trouve aussi que le fait de se dire que…
    Enfin, si jamais ça se lisait, ça aurait été compliqué.
  • -Grave. Parce que dans une société où il y a cette injonction à devoir être toujours super souriant, super positif, quand nous, on arrive avec un post-it « dépressif », c’est comme si on leur disait… « Cassez-vous, avec vos injonctions au sourire…« 
  • -On casse l’ambiance. –
  • Tu es vite labellisé comme étant la personne qui… fait la gueule tout le temps, alors que c’est pas forcément…volontairement, tu vois.
  • -Oui. C’est ça. J’y peux rien !

ETIQUETTE 5 : « Quand on est en dépression, on va dans un hôpital psychiatrique. »

  • -Alors que toi, tu y es allé quand même !
  • -Oui, j’y suis allé, mais… Enfin, je vois beaucoup de dépressifs dehors.
  • -Ouais. On est tous là !
  • .Moi, j’y suis allé parce que j’ai été un peu contraint. Enfin, pas… Si, en fait, un peu contraint, mais…
    Dans le sens où : première hospitalisation ,je fais une crise de bouffées délirantes, on m’hospitalise, j’ai des hallucinations, etc.
    J’étais même plus capable de dire : « Oui » ou « non », « il faut aller à l’hôpital ».
    Moi, ça devenait normal que si j’allais mal, psychologiquement… Ou trop mal, je retournais à l’hôpital.
    Enfin, je sentais que j’étais un danger pour moi. Je préférais aller à l’hôpital, parce que même si c’est un endroit où t’as pas envie d’aller,c’est un endroit où tu es, malgré tout, en sécurité, où tout est fait pour éviter un drame, pour éviter des mutilations, des suicides ,même s’il y a des gens qui arrivent quand même à déjouer, parfois.
    Mais moi, ça me semblait logique de me mettre en sécurité,que je fasse pas n’importe quoi… Même si j’ai des idées noires, on me surveille, et il y a des gens autour, des professionnels de santé,qui peuvent m’aider et qui peuvent surtout me mettre en sécurité.
  • -Mais si tu avais été… Si tu avais pas eu cette expérience-là,est-ce que tu penses que spontanément, de toi-même…
  • -Non. Clairement pas. Clairement pas…
  • -Le premier réflexe, ce sera d’abord d’aller voir un psychiatre ou de te faire diagnostiquer, déjà, d’aller chez un médecin, en fait.
  • -Oui. Ça demande de… Enfin, c’est pas de se regarder en face, mais ça demande de mettre le…
  • -Ouais, de mettre le mot, d’accepter… -De mettre le doigt sur un diagnostic. Enfin, c’est pas pour le fun que tu te dis :« Trop bien, je fais un épisode dépressif. » Non…
  • -J’ai déjà eu des épisodes de dépersonnalisation,ou déréalisation dus à de l’anxiété, et ça a duré vraiment six mois, et c’est extrêmement chiant.
    Je suis jamais allé voir un médecin, même un médecin généraliste.
    Je me suis dit : « Ça va partir tout seul. » Tu te dis : « Ça va partir tout seul ! »
  • -Aller voir un médecin, ça demande… Ça demande un effort, en fait.
  • -C’est ça. C’est…Moi, pendant très longtemps, je me disais : « Ça va passer. » « Ça va passer. » -« Ça va passer. »
    Je faisais l’autruche pendant très longtemps, et quand ça a été violent, c’est à ce moment-là que je me suis dit : « OK, va voir quelqu’un« 
  • -Quand tu te casses une jambe, tu vas chez le médecin, c’est logique, parce qu’on t’a appris ça quand tu étais petit, mais quand tu as une « blessure » du cerveau, de ton psychisme, ton premier réflexe, c’est pas d’aller voir un médecin, c’est d’essayer de régler ça dans ton coin, tout seul.
    Après, tu fais : « Oh, ça va être chaud…Je vais peut-être en parler à deux-trois potes, mais ils vont pas trop comprendre… »
  • -C’est soit que t’es dans le déni ou que tu te réfugies dans quelque chose d’autre, justement pour pas avoir à y penser.
  • -C’est ça. -Comment régler ça ? Ben… Pour moi, ça passe par un minimum de suivi médical.Sans forcément avoir une médication, parce que la médication, ça peut être… Je comprends que des gens n’aiment pas, mais ça passe par faire une thérapie avec un psychologue, essayer d’être suivi, même globalement. Après, ça va beaucoup dépendre de la dépression et de comment on le vit.-Et du médecin, pardon.
  • -Oui. Carrément du médecin.
  • -Faut trouver le bon, en fait.
  • -C’est ça ! Moi, j’ai été voir des psychiatres, mais à chaque fois, c’était plus un mec qui voulait juste que je lui parle, et il me répondait pas.
    À un moment, j’ai fait : « Ben vas-y.T’es pas là pour t’occuper de moi, je me casse. »
  • -Pour moi, la dépression, ça peut prendre plusieurs formes, comme on l’a dit.Moi, je sais que ça a pris une forme comme si c’était un gaz…
    C’était pas très violent, mais c’était…Un gaz qui fait que tout était un peu flou. Et à certains moments, ça pouvait être assez…Assez… Je pouvais vraiment être dans le « down ».
    J’ai jamais pris de médicaments.
    Je sais que c’est quelque chose qui a été, pendant longtemps, cyclique.
    Aujourd’hui, j’ai l’impression que ça va mieux, et ce qui m’a beaucoup aidée, c’est les lectures, c’est le fait d’avoir été vulnérable là-dessus,donc de m’être entourée.
    La spiritualité, aussi.
    Mais c’est vrai qu’il y a aussi cette étape de voir le psy.La première fois que j’en ai vu une, elle m’a pas comprise. Et moi aussi, je l’ai pas comprise. À la fin, on s’est regardées comme ça, on s’est dit : « Non, en fait, je crois… »-« Ça va pas le faire ! » -« Je crois qu’on va s’arrêter là ! »

ETIQUETTE 6 : « Il suffit juste de se bouger pour s’en sortir. »

  • -Ça me fait mal là, moi.
  • -Ah…! Franchement, si c’était aussi simple…
  • -Ça me met tellement en colère.
  • -En vrai… »oui » mais dans un autre sens… Attention : enfin, pas littéralement, mais en soi…
    C’est un cliché, et en même temps… J’ai envie de me mettre dans le « faux ». Pour moi, c’est pas dans le sens littéral de se bouger, c’est-à-dire aller chercher un taf ou quoi…
    Quand j’étais en dépression, j’étais à l’hôpital,et ce que faisait ma famille, c’est qu’elle me faisait marcher. Quelques minutes.
    Je voulais pas sortir de ma chambre. Elle me faisait marcher quelques minutes, 2-3 minutes, 5 minutes, 10 minutes.
    En même temps… J’étais sous traitement depuis deux bons mois. En antidépresseurs.
    Et en fait, le fait de se bouger physiquement, de faire une petite balade de 2, 3, 5 minutes, ça a redéclenché quelque chose dans ma tête, qui a fait que, je pense, peut-être les médicaments ont été plus efficaces, ou la dépression a commencé, un peu, petit à petit, à s’évaporer.
  • -C’est pas qu’il suffit juste de bouger pour s’en sortir, parce que sinon, ce serait trop facile, mais… ça va pas s’arranger tout seul.
    Ça va pas s’arranger comme par magie. Il y a pas un matin où tu vas te lever, et où, c’est bon…Et où, c’est bon, ce sera top.
    D’aller voir un psychiatre, d’aller voir un médecin, d’aller voir un psychologue, de se faire suivre,ça, déjà, c’est être actif, en fait, mais après, il y a des fois où on n’a pas l’énergie, on n’a pas la force, on peut pas.
    Il y a des fois, on n’est pas en état.
  • -Je te comprends dans l’idée de se dire que quand tu bouges, le mouvement permet… Moi, j’aime trop les métaphores, donc je vais vous en sortir une : L’eau stagnante, en fait, c’est ça !
    Quand ça bouge pas, ça stagne et ça pourrit. Et l’idée du mouvement, c’est aussi d’avoir une certaine circulation.Et on le ressent. Quand on est… En tout cas, je dis « on », mais « je ». Quand je suis dans l’immobilité,je sens que ça peut empirer, que ça stagne. Donc, c’est dans ce sens-là. Mais le « suffit »… En fait, j’ai revu la tête de quelqu’un…D’ailleurs, même pas quelqu’un que je connais, mais qui disait : « Il suffit de se bouger. » Je me suis dit : « Alors là… » -C’est beaucoup plus compliqué que ça. -C’est beaucoup plus complexe.-T’as aussi des comportements inconscients. Parfois, t’auras pas envie, parce que t’as pas envie de t’en occuper, parce que de vouloir t’occuper de ta dépression,c’est aussi reconnaître une première fois ou une nouvelle fois que tu vas toujours pas bien, qu’il faut faire quelque chose,et parfois, t’es là, tu fais : « Non… J’ai pas envie de reconnaître que je suis malade. » –
  • Je trouve ça débile, parce qu’en vrai, si c’était aussi simple,on n’en serait pas là. -C’est pas de l’agacement, attention.
  • -Et vraiment, moi, je pense pas du toutqu’il suffise juste de se bouger, parce que personnellement, j’en étais arrivée à un point telque j’avais plus… -« One of us, one of us. » -J’avais plus du tout de volontépour moi-même, en fait. J’avais plus aucune volonté pour moi. Je pense aussi que quand t’es dépressif,à la différence des autres maladies, t’as pas forcément envie de guérir de ta dépression. Enfin… Certains dépressifs trouvent parfois un certain confortà être dans leur dépression. -Oui. -Le fait d’aller mieux, ça demande tellement d’efforts… -C’est ça.-Ça demande tellement d’efforts !
  • -Moi, j’ai aussi un problème avec cette phrase, c’est le fait d’externaliser la prise en charge.En fait, plutôt de nous responsabiliser à 100 %, en disant : « T’as qu’à faire ça. » Des fois, il y a des facteurs qui sont environnementaux.
    T’as un environnement qui peut être toxique, par exemple dans le cadre du travail, ou, parce qu’on a une identité particulière,on vit des microagressions ou pas mal de violences.
    Enfin, il y a un moment où c’est un peu : « Ouais, mais t’as qu’à te bouger, en fait. La société est ce qu’elle est, l’environnement est ce qu’il est, tu prends en charge… »

    -« T’as qu’à régler tous les problèmes, vas-y.« 
    -Ouais, c’est ça. Et puis, sinon, t’adapter à une situation qui est pas vivable.
    -Complètement.
    -Je pense qu’aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui sont peut-être dépressifs, ou en tout cas qui se sentent mal psychologiquement, et qui pensent que c’est de leur responsabilité.
    Je pense qu’il y a un moment, c’est bien de se dire : « OK, moi, j’essaye de faire la part de mon travail, mais tout ne vient pas de moi non plus.« 

ETIQUETTE 7 : « La dépression se déclenche lors d’un évènement grave. »

  • -C’est vrai aussi…
    -Parfois.
    -Oui. Il y a peut-être un élément qui peut…
    -Faire basculer ?
    -Aggraver ou faire basculer complètement, mais je pense que c’est quand même vachement plus une accumulation de…De facteurs personnels, de ta vie affective…
    -Tout !
    -Familiale, etc.
    -Professionnelle…
    -Ouais, professionnelle.
    -C’est vraiment un équilibre. À partir du moment où t’as le grain de sable qui va faire pencher la balance de l’autre côté, d’un coup, t’as juste tout le poids qui…
    -C’est ça. C’est pas que la balance, elle penche.
    -Au-delà des évènements, il y a des… La dépression, il y a des prédispositions génétiques qui font qu’on a plus de chances de développer… Enfin… -Quelle chance !
    -Moi aussi, je pense que tu l’as en toi,et qu’au bout d’un moment, ça se déclenche.
    -Je pense qu’il y a non pas des prédispositions, mais…
    -Je sais pas. Je sais que moi, dans ma famille, ma tante est bipolaire. J’ai un oncle qui est en asile psychiatrique, il y a un autre qui est dépressif, mais vénère, parce qu’il peut pas travailler, donc quand ça s’est manifesté, je me suis dit : »Bon, j’ai peut-être le mauvais gène qui est arrivé dans ma famille. »
    -Il y a vraiment des enquêtes qui sont faites, et il y a vraiment des prédispositions pour beaucoup de maladies, sans que ce soit obligatoire. C’est vraiment : t’as un terrain génétique qui est favorable, et t’as d’autres facteurs qui vont être des traumatismes, que ce soit dans l’enfance ou plus tard…
    -Oui.
  • -Et tout ça, en fait, accroît la probabilité de le déclencher, mais ça peut ne jamais se déclencher.
    -Moi, je pensais avoir eu un élément déclencheur à ma dépression.
    Et en faisant mon introspection, je me suis rendu compte que c’était pas que ça, qu’il y avait énormément d’autres choses derrièrequi avaient pas été réglées au préalable et qui… En fait, c’est vraiment ça, c’est vraiment une accumulation.J’ai repensé à des épisodes dépressifs qui avaient été antérieurs. Du coup, je me disais : « Attends, je comprends pas,parce qu’à ce moment-là, il y avait pas ce déclencheur-là, donc pourquoi à ce moment-là aussi, j’ai fait une… » C’est là que j’ai compris qu’en fait, pour moi en tout cas, il y a pas de déclencheur.
    C’est vraiment une accumulation de différents traumas,de différentes expériences qui t’ont marqué d’une manière ou d’une autre,que t’as pas su extérioriser au bon moment, que t’as pas su cicatriser, aussi, au bon moment, et du coup,il y a un moment où j’ai… C’est trop, là. Ça s’arrête. -Ça suffit.-Ça suffit. Vraiment, ça suffit. -Moi, j’ai fait beaucoup d’introspection. Beaucoup…Jusqu’à aujourd’hui, je continue. -Ben oui. Toute la vie. -Et c’est vrai que… En fait, je me dis : « C’est aussi la richesse… »-Oui. -« De la dépression. » Je me suis posé beaucoup, beaucoup, beaucoup de questions, et j’ai trouvé ça très riche et…un peu douloureux, quand même. Un peu. -Ça va ! -Vite fait.-Il y a des moments de… A priori, moi, la première fois que ça s’est déclenché, il y avait un élément déclencheur.Mais franchement, c’était vraiment nul. J’ai pas eu l’école que je voulais. -Oui, mais… -Un petit… On dirait un petit caca nerveux tout nul,comparé à d’autres expériences, qui peuvent être beaucoup plus traumatisantes. Je sais qu’en fait… Sur le coup, je pensais que c’était ça,et c’était très compliqué, parce que pour moi, à ce moment-là… Bon, j’avais 17 ans, et je voyais que des nœuds. J’avais l’impression que tout était emmêlé.C’est la manière dont j’arrivais à exprimer la chose : dans ma tête, tout est emmêlé, et qui dit « emmêlé » dit beaucoup de choses qui se sont accumulées,qui n’ont pas été réglées. J’irais même jusqu’à dire que… Aujourd’hui, je m’intéresse aux traumas transgénérationnels.-Oui. Que tes parents te transmettent… -Que tes parents ou tes grands-parents ou… Il y a des choses, aussi, qui nous appartiennent paset qui font qu’on a un terrain qui est… -Plus favorable. -Qui est fertile. Et il y a un petit élément déclencheur qui…Ou plusieurs, qui… nous permettent juste de voir la manifestation, comment ça s’exprime, la dépression.-Je vais dire ça un peu crûment, mais c’est clair que si tu traînes des traumas transgénérationnels, c’est forcément moins confortable, comme chemin, que si…c’est le petit chemin avec des fleurs tout le long, et des pavés avec des jolis petits cailloux.

ETIQUETTE 8 : « Les personnes ayant des troubles dépressifs veulent se suicider. »

  • -Plus par là.
    -Mais c’est pas tout le temps…
    -Une fois de temps en temps.
    -C’est pas tout le temps.
    -T’es trop mignonne, quand tu dis ça. « Mais c’est pas tout le temps… »
    -On va dire qu’un symptôme de la gastro, c’est de vomir. Peut-être qu’un des symptômes de la dépression, c’est d’avoir des envies noires… Des idées noires et des envies de se suicider.
    -Des idées noires.
    -Mais pareil, tu peux avoir une gastro où tu auras juste la diarrhée et où tu vas pas vomir. C’est une super image !
    -J’adore ton image !
    -Très classe !
    -Vraiment, parfait !
    -Après, d’expérience personnelle, vu qu’elle a été importante, je pense que je me mets dans le « vrai ».
    -On peut aussi être en dépression pendant très longtemps,sans jamais avoir de pensées suicidaires, et puis, un jour, on se dit : « Bon… »À un moment donné, je voyais plus d’autre solution. Je me suis dit : « Mais je… J’ai pas envie de me battre, les gars. Laissez-moi tranquille. Là, on peut en finir très rapidement. Donc, est-ce qu’on peut passer à l’acte ?« 
    Au bout d’un moment, c’était devenu physiquement pénible. J’avais plus envie de rien, j’étais plus intéressée par rien. J’étais dans un comportement où, en fait, si tous les actes de ma vie quotidienne me menaient à la mort, ça m’allait très bien. C’est de l’autodestruction de A à Z.
    -Tu as à la fois un sentiment d’autodépréciation…
    -C’est ça.
    -Et aussi de fatigue, qui fait qu’en fait, t’en as marre.-Ouais, tu veux plus. -Ta propre existence devient un peu un fardeau. Ça me fatiguait tellement que j’envisageais ça comme une forme de repos, tu vois ? Je me disais : « Au moins, je vais dormir« .
    -Ouais. Tu te dis que ta vie, elle vaut plus la peine.
    -Ouais, c’est ça.
    -Franchement…C’est que de la souffrance. Toute ton existence est que souffrance, donc pourquoi continuer ?
    -Alors, c’est super intéressant,en fait, d’écouter… D’écouter ce que vous avez à dire là-dessus,parce que je me suis rendu compte qu’à mon premier épisode dépressif, il y a eu une fois où, tu sais, ça te…Enfin, moi, je sais que dans mon cas, ça m’est passé devant les yeux, genre…
    -L’éventualité.
    -Ouais, c’est possible.
    -Et où je me suis dit : « Mais… Mais non. Enfin, pourquoi ? » -« Pourquoi ? »-« Mais… » -« Enfin… » -« Pourquoi tu penses à ça ? » Je me souviens littéralement m’être dit, à ce moment-là… On ne se moque pas. Je me souviens m’être dit : « Mais enfin, non, tu as un chat. Qui va donner à manger au chat ? »
    -Personnellement, ce qui est assez terrible, c’est que je pensais pas spécialement à ma famille. Je me sentais très mal, j’étais très anxieux, j’étais hospitalisé, je dormais plus. Ma famille venait, heureusement, me rendre visite, mais sinon, je voyais personne, je voulais parler à personne, je voulais pas sortir de ma chambre. Et il y a eu ces idées noires qui ont commencé à vraiment me spammer. Je sais que ça allait les faire souffrir, mais j’étais tellement à un point où j’en pouvais plus que je me suis dit : « Nique sa race. »Je l’ai pas fait, au final.
    -Quand vraiment, t’as mal, ton cerveau, il peut pas… Tu peux pas faire de raisonnement logique, tu vois, donc…au moment où tu te dis : « OK, ils vont souffrir, mais au moins, moi, je serai tranquille« , c’est une réflexion que tu te fais vraiment parce que tu es dans…une souffrance…
    -Un tel niveau, une telle intensité.
    -Oui, voilà. Insupportable. Le reste, en fait, ça compte même plus, parce que t’as mal.
    -Ça rentre aussi un peu dans le cliché où on a l’impression… Qui est un cliché, mais qui peut aussi être une réalité, que quand on est en dépression, c’est totalement noir. Moi, je vais de plus en plus vers cette idée qu’avec l’obscurité, il y a toujours de la lumière. Il y a toujours un truc, en fait. C’est ambivalent. Pour tout le monde, d’ailleurs. Et peut-être que nous, à certains moments, on voit plus l’obscurité, et la lumière, on la cherche.

ETIQUETTE 9 : « La dépression, c’est toute la vie. »

  • -Moi, dans mon cas… Après… Moi, dans mon cas… -Pour moi, ça a été cyclique. Donc, ça a pas été continu.
    -Et maintenant… Pardon, excuse-moi, je te coupe, mais… tu en es sortie définitivement, pour toi ?
    -Je sais pas si c’est définitif, mais en tout cas, je sais que j’ai pas du tout le même état qu’il y a 10 ans, par exemple. Et j’ai l’impression qu’il a fallu que je fasse ça plusieurs fois pour comprendre, en fait, ce que c’était que le chemin. Je vois pas de fatalité derrière. Et d’ailleurs, on parle d’étiquette « dépressif ». Moi, j’aime pas qu’on me dise…D’ailleurs, je me suis jamais dite « dépressive ». J’ai vécu des épisodes dépressifs, j’ai vécu une dépression, mais je ne suis pas…dépressive.
    -C’est vachement intéressant. Mais je sais que chez moi, il y a…
    -Ça peut revenir.
    -Voilà, c’est ça. Il y a une tendance, il y a des signaux d’alerte, que je connais un petit peu mieux maintenant, avec l’expérience, il y a des situations où je sais qu’il faut que je fasse particulièrement attention.
    -Je me suis mis en « vrai », parce qu’on m’a posé un diagnostic, qui semble être vrai, de troubles bipolaires. C’est-à-dire que pour moi, c’est un peu une fatalité. Enfin, pas totalement, mais…Aujourd’hui, je suis stabilisé, donc je fais plus vraiment de crises de « haut » ou de « bas », mais je me dis : « Jusqu’à quand ?« 
    -Tu finiras par vivre avec, en fait.
    -C’est ça.
    -Il y a toujours cette petite épée de Damoclès sur la tête.
    -Je sais que toute ma vie, j’aurai à me battre contre… une éventuelle dépression. Parce que, comme tu disais, je sais que j’y suis sujette, je sais que ça peut arriver, et je sais qu’il faut que je fasse tout mon possible, en permanence, pour ne pas retomber dans le trou.
    -Toi, tu fais quoi, justement ?
    -Il y a une attention à apporter.
    -Oui, c’est ça, en fait.
    -Toi, comment tu fais, justement ?
    -J’essaye d’extérioriser un max dessus, en fait. Pour moi, ça passe… Parce que du coup, tout à l’heure, on parlait de médicaments, mais je… Je pense… Je suis plus favorable à l’aspect…
    -Thérapie, gestion des émotions…
    -Oui, exactement. Par la parole, et voilà. Je pense…J’ai plus foi en ça qu’en des médicaments.
    -Si je me suis mis là, c’est que c’est une maladie, donc techniquement,une maladie, tu peux avoir de la rémission aussi. Il faut qu’il y ait une éducation, même des gestes politiques par rapport à la reconnaissance de cette maladie,une éducation, même chez les plus jeunes, à ce que c’est d’être malade du cerveau, tout simplement. Dire : »Vous allez voir, dans la vie, il y aura pas tous les jours des choses faciles, et c’est quelque chose qui peut vous arriver. » Il y a quelque chose de plus collectif qui doit se faire, parce que les facteurs sont tellement multiples que tu peux générer quelque chose au niveau collectif, pour empêcherde favoriser le terreau environnemental pour le déclenchement de cette maladie.
    Notamment, dans nos sociétés… C’est aussi beaucoup plus sur l’injonction au travail, l’injonction à la performance, et ce genre de choses-là, qui, à mon avis, ont un impact.
    -En plus, Jamy parlait… Tu parles aussi d’éducation.Tu parlais aussi de faire sortir ses sentiments. Et on est deux gars, ici, mais quand on demande, souvent, à des hommes de s’exprimer sur leurs sentiments, et encore plus sur des maladies psy, ils font : « Non. Non… »
    -Ils en sont pas capables. Alors que les hommes… -C’est la position de faiblesse.
    -Alors que les hommes sont beaucoup plus… Sujets
    -C’est terrible.
    -Vous êtes peut-être plus sujets, parce que vous êtes plus réfractaires à extérioriser, donc…je pense que…
    -Ça pourrit à l’intérieur.
    -C’est ça.
    -Même ça, cette injonction aux mecs de pas extérioriser leurs sentiments, et de pas parler de sentiments… Un mec, ça a pas de sentiments, en vérité. Mais ça, mais combien de gens ça va niquer, après, à l’âge adulte ?

-LE MOT DE LA FIN-
Un message à faire passer sur la dépression ?

tabou et clichés sur la dépression





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